Y a des détails qui n’trompent pas, y a un fantôme qui habite chez moi.
Pas un vrai fantôme, si tant est qu’on puisse parler de véracité à propos de ces ectoplasmes, mais une minette-fantôme en chair et en poils qui n’apparaît qu’aux habitués de longue date de l’appartement. Dès qu’un inconnu sonne à la porte elle disparaît dans une cachette connue d’elle seule et ne réapparaît que lorsqu’elle est certaine que le danger hypothétique a disparu. C’est dommage car il n’est de ce fait pas possible de faire admirer à quel point elle est belle, et bien finie dans les détails avec ses pattes si fines, son maquillage bien dessiné et son roux sur le bout du nez et cette élégance qui n’est qu’à elle.
Peu sociable avec les humains, elle présente pourtant une faculté d’agent de liaison entre les autres chats qui la rend précieuse pour l’atmosphère de la maisonnée, j’en veux pour preuve la photo suivante où on la voit servir de trait d’union entre les deux matous qui passent par ailleurs leur temps à se chercher noise à grands renforts de cris déchirants et de mêlées griffues.

Ce n’est pas là sa seule qualité. Petite chatte de ferme, elle n’a pas connu d’humains bienveillants dans sa prime jeunesse et si elle arborait quand je l’ai vue la première fois une assurance de petit tigre gris piaillant à tous vents sa détermination à en découdre (d’où son nom de Zaknouss qui signifie “ta gueule ” en russe, à peu de choses près), elle s’est métamorphosée une fois adoptée en un modèle de discrétion aux miaulements flûtés. Timide, effacée, vite peureuse, j’ai mis longtemps à comprendre qu’il fallait que j’adopte avec elle les techniques d’apprivoisement que j’avais mises au point avec les chatons nés dans les granges de la vallée-de-mon-enfance. C’est-à-dire patience obstinée, douceur, ne pas regarder dans les yeux, tendre une main ouverte tout en restant à quatre pattes et susurrer une mélopée bourdonnée et apaisante le temps que l’animal approche de lui-même. Cette technique éprouvée a porté ses fruits et elle a accordé sa confiance à un entourage restreint, venant non pas quêter mais exiger des caresses sur la tête quand bon lui chante, prodiguant de douces caresses sur les jambes pour signaler sa présence et fuyante comme de l’eau sous la main si on tente de la saisir, se faisant toute molle dans les bras si on y parvient par pure politesse absente, elle indique ainsi son rythme de disponibilité affective.
Ce que j’aime dans son mode d’existence c’est qu’elle alterne entre sa vie de chat parmi les chats et une manière toute à elle de choisir les humains, parfois, délibérément, le temps d’un câlin ou d’une sieste, et je retrouve alors cet émerveillement pour l’affection inter-espèces que j’ai pu vivre dans mes jeunes années avec les animaux du hameau, hors rapports de possession légale. Les trois autres chats sont si imprégnés de présence humaine depuis leur naissance qu’ils en sont un peu tarés chacun à leur manière, elle est la seule qui me rappelle ce qu’est l’essence-même du chat, à savoir le choix.
Et puis elle est la seule à dormir ainsi pattes dans pattes avec Papou, le Lino Ventura des chats, et pour ça, je nourris une certaine jalousie mêlée de respect à son égard…

Voilà, c’était ma contribution à la légende des blogs de filles qui parlent de chats et de chaussures, mais je vous épargnerai mes laïus concernant le second sujet, petits veinards.