Tatac-tatoum, tatac-tatoum
Deux jours à Paris avec un appareil photo dont les piles ont rendu l’âme, il en reste quoi ? L’impression en fermant les yeux de sentir encore les tressautements du métro et de voir défiler un amalgame de visages flous et de regards que l’on ne croise pas. Le contraste fut important avec le retour nocturne en TGV (d’autant plus nocturne qu’il avait une heure de retard…), s’il n’y avait plus derrière les vitres cette obscurité zébrée de tags blanchâtres, la proximité du mur du tunnel, la foule et le bruit, les cahots et la promiscuité sur un coin de siège ou de compartiment, l’impression globale fut, pour la solitaire provinciale qui sort de chez elle quand les chats ont besoin de croquettes, non pas oppressante, faut pas exagérer non plus, mais étrange, flottante, dérangeante. L’attente une heure durant sous un panneau, en regardant l’affichage passer de “à l’heure” à “retard de dix minutes”, puis “vingt” et ainsi de suite crée déjà un état d’esprit bizarre, entre solidarité silencieuse des personnes agglomérées dans la même tension et exaspération devant cette perte de temps sans raison connue, trouver ensuite les quais garnis de militaires postés tous les dix mètres, arme en main, alimente ensuite l’impression de flotter dans un mauvais film, s’installer dans un wagon presque désert en face d’un type à l’allure d’illuminé efflanqué, psalmodiant à mi-voix je ne sais quoi, le nez plongé sur des feuilles dont je n’ai pu lire que deux phrases (”comment arriver au plus haut de la hiérarchie dans un pays où règne le principe de soumission à l’autorité” et “troisième clef: identifier le sentiment de peur chez le partenaire”), ça n’aide pas à retrouver une ambiance de banalité quotidienne, fixer le noir d’encre derrière la vitre et croire déchiffrer un paysage alors qu’il ne s’agissait que de gouttes de pluie à l’horizontale continue à faire douter de ses sens, lire le catalogue de l’exposition sur les Vanités, recueil d’images de crânes et d’ossements divers en rajoute une couche. Mais dans un sens, le plus étrange souvenir que j’en garde fut celui de la beauté incroyable et attendrissante de la jeune femme endormie de l’autre côté de la travée, je me repaissais de temps en temps de la pureté de ses traits, rien de tape-à-l’œil mais une douceur qui transparaissait dans sa façon de dormir, dans la disposition douillette de son manteau de laine à gros tissage, l’ombre de ses cils, le repli des commissures de ses lèvres, la peau parfaitement tendue et souple en même temps de la jeunesse juste avant la chute, un appel au portrait pour tout dire, j’avais le crayon qui démangeait devant ce genre de beauté que je croyais réservée à l’imaginaire des peintres italiens.














