Après des années de négligence de cet endroit, ainsi que l’a immortalisé un célèbre logiciel de répérage dans les rues de grandes villes…
… je me suis enfin décidée à nettoyer et fleurir le balcon.

Ca ne change en rien la laideur de la façade voisine mais ce petit bout de verdure en masque une partie et me suffit pour m’imaginer dans un jardin. Cinq, dix fois par jours je surveille l’avancée des pousses pour les guider le long des fils de fer, je les encourage, je les fais pousser à la force du regard. Dipladenia, pétunias, brin de géranium, pourpiers, pois de senteur, j’ai planté les grands classiques, l’important étant la couleur et la robustesse.

Les pourpiers me ravissent, des fleurs sans chichis, de toutes les couleurs, renouvelées chaque jour, je ne regrette que leur transformation en lambeaux fondus dès le lendemain de leur floraison. Mais leur luminosité est un régal pour l’oeil et en me focalisant bien sur leur corolle, je peux faire abstraction de l’environnement à l’esthétique disons… minimaliste.
Dans la même famille j’ai posé au sol une grande potée d’une autre sorte de pourpiers, plus sobrement d’un orange corail très doux; j’aime beaucoup leur petit pompon rose en feu d’artifice au milieu des étamines !
Mais ma préférence va sans doute aux “yeux de Suzanne” ou “Sourire de Zanzibar”, brave plante qui continue à envoyer ses gandimelles de tiges presque là où je lui demande de le faire, aux fleurs simplissimes, comme dessinées et coloriées au feutre, avec le coeur si noir qu’on dirait un coussinet alors qu’il s’agit d’un tube.

Toutefois, leur innoncence n’est peut-être qu’apparente car, comment dire… si on pense à l’histoire de Suzanne, livrée dans son bain aux regards concupiscents de deux vieillards, on peut s’interroger sur les graines qu’elle cache dans un étui en forme de coeur…

Mais vous me direz que j’ai l’esprit mal tourné, alors retour à des pensées plus éthérées avec les jeux de la lumière sur les feuilles, avec le regard qui passe du velouté de la surface au labyrinthe des nervures, avec l’impression de percevoir en même temps le dessus et le dessous, le visible et le caché, l’intérieur et l’extérieur. la lumière qui frôle et celle qui traverse, la même pourtant.
