Givre

Pour la première année, le mois de Novembre laissera le souvenir d’une lumière particulièrement belle. Le matin la partie du jardin à l’ombre est délicatement givrée tandis que la partie au soleil met en valeur les moindres reliefs, comme cette feuille de mûrier dont l’ombre éclaire le gravier.

Par rapport à l’an dernier, j’ai l’impression que l’ambiance automnale est différente. Sans doute d’ores et déjà parce qu’il y a du presque gazon là où il y avait mauvaises herbes ou terre retournée, ensuite parce que la végétation a été chamboulée par la douceur persistante des températures. Elle est givrée sans avoir eu le temps de brunir ou de faner. Fleurs de trèfle, feuilles d’anémones du Japon, de buis, de fraise des bois, chacune à sa façon de s’ourler de blanc. J’ai fait quelques photos ce matin mais le fait d’être jambes nues à croupetons dans l’herbe n’aide pas à maintenir l’appareil très fixe pour les photos en mode super zoom… Elles sont donc toutes légèrement floues mais l’idée est là.

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Brouillard

Le brouillard n’est pas très fréquent par ici, ça reste pour moi un phénomène quasiment exotique, disons plus prosaïquement qu’il modifie la perception du jardin d’une façon qui ne m’est pas familière.

Déjà, celui des voisins, paysage quotidien par ma fenêtre, prend des allures de parc anglais, vallonné, peigné et bien plus grand qu’il n’est en réalité.

Même le bout de terrain devant la maison, de par la multiplication des plans, semble prometteur d’inconnu pour peu qu’on s’aventure au-delà du thuya.

En faisant un tour dans le jardin dit « des fleurs » (il en reste encore quelques-unes malgré la saison plus qu’avancée), j’étais étonnée par la qualité du son, à la fois ouaté et très précis. Ouaté globalement et très précis concernant le plic-plic des gouttes invisibles qui tombaient des arbres surplombant les plates-bandes. Un bruit de pluie sans pluie. La dissolution des images rendaient cette présence sonore plus forte, presque inquiétante, comme la manifestation d’une vie inconnue des plantes. Ou alors c’est la première fois que j’écoute le brouillard depuis que mes oreilles sont appareillées.

J’ai aménagé le lit à baldaquin de la chatte, un coussin plus moelleux que le simple tissu qui recouvrait le sommier en métal, le tissu mieux disposé tout en laissant une ouverture qu’elle a su trouver, elle semble apprécier même si elle a quitté son nid douillet pour me sauter directement sur les épaules pendant que je photographiais des fleurs. Les griffes dans la laine polaire, les crocs plantées dans le chignon emmêlé, elle a fait son grand numéro de chatte qui aime les humains de compagnie, à tel point que son affection pour eux lui donne envie d’en faire du jus en les serrant très fort, des pattes et des dents. Il suffit de s’habiller en conséquence…

En coupant les grandes tiges sèches des topinambours j’ai trouvé quelques roses, maigrelettes certes mais des roses quand même. Givre du matin, brouillard, elles étaient tant recouvertes de perles d’eau qu’on aurait dit des roses en sucre, aux pétales épaissis.

Les dernières capucines, lentes à fleurir, lentes à renoncer, sont décolorées par le gel des dernières nuits. Celles de la terrasse sont rabougries mais il reste un plant superbe qui a poussé directement sur le compost. Lui n’aura pas eu le temps de fleurir mais il aura au moins décoré la barrière en bambous.

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Phobies

Je n’ai pas beaucoup de phobies, enfin pas plus qu’un humain normal je pense, si on accepte l’idée qu’avoir les dents qui grincent en pensant à des trous dans les crêpes, aux dents d’une fourche qui traîne sur le macadam ou à des traits noirs qui tombent verticalement et s’accumulent en bas d’une page blanche soit de l’ordre du normal. Les serpents ? Bof. Les limaces ? Je survis si j’en touche une par mégarde. Mais un insecte qui reste accroché à sa peau alors qu’on secoue la main, ça, je n’aime pas (ah, j’oubliais, ne pas pouvoir ôter une bague trop serrée…). Cette sensation du qui-devrait-partir-mais-qui-ne-part-pas-la-saleté ! je l’ai retrouvée aujourd’hui avec d’apparemment tout inoffensifs pots de fleurs.

J’ai commencé à nettoyer la terrasse carrée qui a perdu de sa splendeur estivale (et relative). Pour ça j’ai entamé le balayage des feuilles mortes, et surtout j’ai voulu rentrer les pots en terre cuite avant que le gel ne les fasse éclater. Le premier pot m’a bizarrement résisté et j’ai commencé à incriminer ma faible nature, même pas capable de soulever un pot de menthe alors que quelques jours auparavant j’avais empoigné la bombonne de gaz sans problèmes. Mon obstination légendaire m’a amenée à insister et j’ai pu constater qu’en fait les racines de la plante avaient traversé le fond du pot et commencé à coloniser l’humus créé par la décomposition des feuilles entassées dans l’angle. Qu’à cela ne tienne, en tirant un peu plus fort tout est venu et le pot a rejoint les autres dans la resserre, à l’abri du froid. Je me suis attaquée à l’autre pot de menthe, sans autres difficultés mais quand j’ai voulu passer au pot de verveine, là, rien n’y a fait : la plante a carrément envoyé deux grosses racines qui ont se sont frayé un chemin dans une fissure entre deux dalles de la terrasse. Je comprends mieux pourquoi elle restait aussi opulente dans son dé à coudre ! Elle trichait !

Je la considère différemment maintenant, cette simple verveine, et au lieu de lui couper les racines expansives, de la rempoter dans un autre pot plus grand, je vais la laisser en place à ses risques et périls, ça lui apprendra à jouer les crampons !

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Et à la fin, le loup l’a mangée… !

J’ai entrepris de graver des abeilles au cutter sur des pommes. Une histoire de logo pour une AMAP. J’ai tout d’abord essayé d’en faire une avec des légumes mais le résultat évoque plus une guêpe qu’une abeille et perd ainsi de son capital sympathie, trop étiré, et puis je n’ai pas trouvé de tout petit légume pour faire la tête et la rondelle de carotte donne l’impression qu’elle s’est pris un coup de tapette qui lui a écrasé l’avant.

J’ai donc pris une lame de cutter et j’ai taillé dans la peau d’une pomme, de deux pommes plus exactement, après avoir fait un essai avec un coupe-cuticules qui aurait enfin trouvé une utilité mais non, il retournera au rayon des accessoires de bric, de broc et parfois de bricolage.

Le premier essai sur une pomme reinette occupe trop de place et ce qui fonctionne quand on tient la pomme dans sa main et peut la faire tourner ne donne rien en photo. On ne voit bien que les ailes ou que la tête.

Le deuxième essai est plus concluant, la pomme Gala est plus photogénique, l’abeille est mieux proportionnée et avec quelques retouches j’ai pu améliorer certains aspects (traces de cutter, bords irréguliers, ajouts de rayures).

De toute façon, je vais partir de ce document parce que la pomme en question, et bien je l’ai croquée par inadvertance tout en travaillant sur le logiciel… !

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Ancêtres

J’ai récemment scanné et retouché une vieille photo délavée et plissée. On peut y voir les parents et les sœurs de mon grand-père maternel, devant leur maison en Normandie. Il s’agit de ces photos collées sur carton, sans doute prévues pour distribuer à l’entourage. Je pense que le format du carton était standard et qu’on a taillé dans l’image en fonction de ses dimensions. A gauche on peut voir le bras d’un des frères, Marcel et il en manque un autre , Charles, et mon grand-père qui devait être un bébé.

J’ai cru au départ qu’en haut de l’image il s’agissait d’une lézarde dans la façade mais comme mon arrière-grand-père était entrepreneur en maçonnerie c’était improbable, il s’agissait plus simplement d’un pli de la photo, sans doute fait au moment du contre-collage. On voit que c’est une vieille maison normande, à colombages.

J’ai rectifié les pliures, ôté quelques taches, redressé l’image (quitte à rajouter quelques bouts de briques pour compléter les bords) et supprimé le bras de la personne à gauche (ça m’a fait penser à mes divagations quand je recopiais des cartes de géographie en classe, j’imaginais les pans entiers de bords de mer qui disparaissaient si je me trompais dans le tracé).

Ah, j’allais oublier l’arrière-arrière-grand-mère à droite… Celle qui était si méchante d’après la légende familiale. Ce qui est étonnant c’est que j’ai l’impression de voir mon grand-père avec un bonnet en dentelles sur la tête tant ils se ressemblent.

La photo a été soigneusement mise en scène, on a sorti le tapis, mis un édredon sur le guéridon, les enfants ont reçu des jouets neufs, ballon encore dans son filet,une corde à sauter et je ne sais quoi dans les mains de la plus petite fille. Le pater familias tient en évidence un livre, posé sur un autre. Quels pouvaient-ils bien être ? Pas la Bible puisqu’il était du genre « bouffeur de curés ». Un livre de comptes ?

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Imprévus

On a parfois des surprises en allant chercher le pain, comme cette vision des moutons broutant entre les rangs de vigne, juste au ras de la grande route, à dix kilomètres de Grenoble. Au prix du mètre carré par ici, ce sont des moutons de grand luxe !

Mais le plus surprenant se tenait cent mètres plus loin, sur la placette devant la boulangerie. Il y avait cette vieille dame qui vient tous les vendredis proposer ses services de rempailleuse de chaises. Je me suis arrêtée devant son étalage et j’ai eu le plaisir de voir arriver le monsieur qui promène sa chèvre naine dans le coin. Je l’avais déjà repéré à quelques reprises mais j’étais en voiture, difficile d’engager la conversation… Cette fois je n’ai pas laissé passer ma chance et c’est avec je le suppose un certain plaisir qu’il nous a fait l’article. Il a sorti de sa poche un papier sur lequel il avait noté les 12 avantages de la chèvre naine par rapport à un chien. Je n’ai pas tout retenu mais il était convaincant, le bougre !

Après un lapin, une chèvre naine ???

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Verticales

Cette photo a été prise il y a bientôt un mois, c’est dire si j’ai du retard dans l’alimentation de ce blog moribond ! J’attendais sur le parvis de l’hôpital de La Tronche pendant que ma mère restait avec mon père, hospitalisé suite à une chute et un tassement de vertèbre, réparée par injection de « ciment ». Je regarde les sacs de mortier dans la resserre avec un autre œil maintenant…

Pour s’occuper sur un parking, rien de tel qu’un appareil photo. Je n’ai pas craqué pour la vue sur Belledonne, pourtant magnifique depuis le parvis de l’entrée mais ça ne rend jamais la même impression que celle ressentie au sortir de cet immeuble oppressant pour diverses raisons. En faisant des tours et des détours j’ai fini par dénicher celle-ci, avec les Trois Tours et le Vercors. Je ne vais vous refaire le laïus sur les montagnes mais quand même, elles aident bien à donner de l’intérêt à certaines images !

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Reposer en paix, diverses versions

PImpin repose en paix dans une boîte à chaussures, sous de jolis graviers achetés en magasin sans raison valable il y a quelques mois, avec son portrait sur une plaque de fausse tuile qui délimitait anciennement une platebande, ornée d’une guirlande de fausses fleurs en plastique qu’il avait grignotées par désœuvrement ou curiosité.

Ça, c’est fait.

Ce qui n’est pas encore fait par contre, c’est rentrer le lit en métal qui a servi de siestoir estival. Pourtant la resserre est quasiment prête à l’accueillir pour un coup de peinture fort bienvenu, mais chaque fois que je vais sur la terrasse carrée je trouve Charlotte en plein sommeil béat, lovée dans la moustiquaire. Comment avoir le cœur de l’en déloger et de la priver d’un tel havre de paix ?

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Tout fout le camp !

Je vous le dis, m’sieurs dames, tout fout le camp ! Même la Joconde ! On connaissait son visage mais voici ce que j’ai trouvé dans un sac de pommes de terre Mona Lisa :

Il semblerait qu’elle ait pris quelques kilos et que le temps ait fait des siennes, la voici plus proche d’une Venus paléolithique que d’un chef d’œuvre de la renaissance ! Sic transit gloria mundi, comme dit l’autre…

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Fin de l’été, indien ou pas

L’été aura tellement joué les prolongations que la spirée a tenté une refloraison tardive, les bulbes de freezias plantés au printemps pointent leurs feuilles maintenant et même la primevère à boules violettes a tenté quelques hampes, vite rabougries. Les tourterelles ont commencé un nouveau nid, exactement à l’endroit où Charlotte avait déniché la première couvée. Leur bêtise est confondante…

Bêtes ou pas, elles ont participé à l’ambiance conte-de-fée-esque de cet été devant la maison, entre les chats variés et plus ou moins apparentés, les oiseaux petits et grands et le lapin qui venait dire bonjour aux arrivants.

La belle saison est finie et Pimpin n’est plus. Il avait disparu depuis une semaine, j’ai trouvé son corps hier en nettoyant la terrasse des feuilles mortes que commence à lâcher le cerisier. Pelotonné derrière les pots de fleurs (sa cachette nocturne que nous n’avions encore jamais trouvée ?), encore un brin d’herbe dans la bouche. Nous ne connaissions pas son âge au moment où il nous a été offert pour lui assurer de vieux jours plus réjouissants que ceux qu’il passait dans une cage à oiseaux. Etait-il assez vieux pour mourir ainsi, subitement ? Une crise cardiaque, ça arrive aux lapins ?

Je l’ai enterré aujourd’hui, sous le bignonia, il me reste à aller chercher une plaque pour recouvrir le petit tumulus, avec son portrait au feutre dessus. Le dallage du jardin continue… Surtout si je fais un portrait pour chaque animal déjà enseveli ici, j’ai du retard à rattraper.

Demain la pluie revient, le froid avec, je vais sans doute devoir renoncer à la fenêtre grande ouverte la nuit et commencer le rangement de la resserre pour rentrer les pots, en attendant, voici un double hommage à Pimpin, merveilleux lapin qui nous fait découvrir sous un autre angle la gent aux longues oreilles.


Image absconse peut-être, il s’agit d’une bougie en forme de lapin, reste de Pâques anciennes, que ma mère a allumée aujourd’hui, en hommage Pimpinesque.

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