Rien

Je suis rentrée hier soir après trois jours passés dans la maison de mes parents, à faire office de gardienne symbolique et de distributrice de pâtée pour les chats: la chatte officielle qui occupe l’intérieur et les deux chattes officieuses qui ont élu le jardin comme terrain de repos et de ponte de chatons (il en reste deux, le troisième est actuellement sur mes genoux en train de jouer avec mes doigts pendant que je tape au clavier, ah non, il est parti dormir sur mon épaule, ah non, jouer avec mes cheveux, bref, il m’enquiquine!).

Les deux derniers jours se sont déroulés dans un Rien abyssal. Depuis bientôt soixante ans, cette maison est habitée par des retraités, mon grand-père puis mes parents et c’est le paradis de la sieste. Vous savez, ce genre de sieste dont on émerge par paliers comme d’un coma, en repassant par le stade de l’amibe, du ver blanc, de la souris nouveau-né pour aboutir à celui d’humain approximatif qui ne sait pas trop qui il est, quelle heure il est (pour la saison, c’est normal en ce moment de ne pas savoir si on est en été ou en automne…), ni ce qu’il fait allongé sur une balancelle avec la marque du tissu incrusté dans les bras et les joues.

J’ai tenté de regarder la télé mais j’en ai tellement perdu l’habitude que je n’arrive plus à rester immobile devant un écran assez longtemps pour suivre une émission ni à rester enfermée alors qu’il y a un jardin juste devant (et des chats). Alors j’ai préféré explorer ce Rien qui s’offrait à moi. Pas de culpabilité puisque j’étais là pour faire acte de présence, rien de plus, et qu’avec ma patte folle, je ne pouvais guère m’adonner à des activités nécessitant son usage minimum comme le jardinage. Je me suis allongée sur la balancelle et j’ai observé comment les feuilles du chèvrefeuille se disposent bien à plat, j’ai regardé une petite araignée parcourir sa toile d’un air affairé, le vol d’une guêpe lourde, je me suis laissée enfoncer dans la torpeur jusqu’à ne plus ressentir les éléments autour de moi qu’en termes de surfaces, de volumes, de lignes, me détacher du sens et des sens, flotter, plonger dans le sommeil, devenir moi-même un point absent parmi ces mouvements.

Je me suis accordé deux jours de vacance, de vacances et même de vacuité, hors du temps, des lieux et des personnes et ça m’a fait le plus grand bien. Bien sûr, j’ai quand même dessiné un peu, pour le plaisir de le faire en extérieur, avec une « vraie » lumière, mais rien de forcené, juste la suite du jeu avec les nouvelles craies aquarellables. J’ai aussi pris des photos des plantes qui ont une histoire commune avec celles de mon enfance pour le jour où j’aborderai ce sujet dans un message futur, autrement dit, je n’ai pas été totalement complètement inactive, mais à mon rythme, seule, et heureuse de me rouler dans cette solitude transitoire.

Je crois que j’ai fait comme le géant Antée qui reprenait force au contact de la terre (à mon échelle bien sûr, 1,63 cm, ça n’a rien de géant…) et me voici prête à repartir dans mes mini-combats informatiques, à mettre ce site sur pied et accueillir demain ma future cliente pour deux portraits!

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