Guide des convenances

J’ai fini de relier ce « Guide des convenances », je peux enfin le feuilleter sans devoir reconstituer l’ordre des cahiers auparavant. Il vaut son pesant de gratons, comme on dit dans la région (région lyonnaise, d’accord, mais « il vaut son pesant de gratin dauphinois », ça marche moins bien).


Je sens que vous brûlez d’impatience d’en lire quelques extraits aussi dans ma grande mansuétude je vous en livre quelques-uns. Accrochez-vous, c’est du lourd!


La naissance tout d’abord, la jeune accouchée reçoit en toute simplicité, jugez-en par vous-mêmes: Les draps sont brodés ou festonnés, l’oreiller garni de dentelle avec son chiffre au coin; la toilette de lit, en batiste blanche et souple, entourée de valenciennes, de dentelles légères et mousseuses, avec ruban de cou rose ou bleu. À son bras, ou à son doigt, brille un bijou, cadeau que le mari aimable fait d’ordinaire à la jeune maman à chaque accroissement de la famille. (…) On ne donne jamais d’objets en laine rouge, grise ou cachou. Ces couleurs, très peu salissantes, sont réservées aux layettes des enfants pauvres.

La déclaration à l’état-civil: Le déclarant, accompagné de deux témoins majeurs, se rendra à la mairie (…). Les femmes, depuis une loi récente, peuvent servir de témoins dans les actes civils. La plupart reculent, dans la crainte puérile d’être obligées de dire leur âge.

Le faire-part: « Naissance d’un gros garçon ou d’une petite fille ».

Les relevailles: La jeune mère les fait seule accompagnée de la bonne de l’enfant, quelquefois d’une amie intime; elle se rend à l’église, assiste à une messe. C’est en général sa première sortie. Son mari l’accompagne s’il partage ses sentiments religieux mais sa présence n’est pas obligatoire.

Le baptême: Il n’est plus guère d’usage, à Paris et dans les grandes villes, de jeter des dragées à la sortie de l’église. Mais à la campagne, c’est une mode presque obligatoire. Les gamins, groupés, attendent à la sortie les dragées mélangées à des pièces de monnaie qu’on leur lance à la volée. Bien entendu, ces dragées sont de qualité inférieure et ne ressemblent en rien à celles contenues dans les boîtes de baptême. Je trouve de très mauvais ton cette plaisanterie qui consiste à tromper l’attente des enfants en leur jetant des dragées de plâtre. (Je vous jure que je n’invente rien, je ne fais que recopier!) (…) Plus tard, lorsque le bébé sera grand, on lui parlera de son baptême, du dîner dont il a été le héros, des toasts portés sur cette tête fragile. C’est un souvenir doux au cœur de la mère et qui émeut l’enfant lorsque ses parents le lui racontent (et il rit tellement quand on lui parle des dragées en plâtre!)

Vient ensuite un chapitre assez étonnant, celui du baptême d’une cloche, avec la description des différentes manière de la vêtir, par exemple avec une toilette très simple, en tulle ou en mousseline, serrée dans le haut à l’aide d’un large ruban formant coques laitonnées; au milieu de la cloche on coud le nom de la nouvelle baptisée à l’aide de lettres gigantesques faites en fleurs. Simple et de bon goût, non?


Une variante, le baptême de barque qui crée pour le parrain et la marraine l’obligation d’être utiles aux braves gens qui les ont choisis. Ils font des cadeaux aux enfants du patron, offrent des bonbons, du vin à discrétion aux pêcheurs, à leurs femmes et doivent participer aux plaisirs de la journée sans montrer ni ennui ni fatigue. (Marrant, je commence à avoir l’Internationale qui passe en boucle dans mes neurones…)

Viennent ensuite les premiers jours de l’enfant (après la cloche et la barque…), avec le lavage de la tête sur laquelle il ne faut pas laisser accumuler la crasse ou les croûtes. Rejeter tout bandage qui comprime la tête et qui peut produire, plus tard, des désordres dans la santé et dans l’intelligence.

La nourrice: Bien des cas, maladie, occupations, surcharges mondaines, empêchent la jeune mère de nourrir l’enfant. (S’ensuit une description extrêmement précise de la tenue de la nourrice, jusqu’à la forme du bonnet et la nature des dentelles). Un fleuron maintenant, accrochez-vous: La nourrice mange à part avec son nourrisson, pourtant dans certaines familles les parents exigent qu’elle partage le repas familial. De cette façon la surveillance est beaucoup plus facile et on évite à l’enfant des dérangements procurés par la gourmandise de la nourrice, prenant en cachette un fruit, un aliment acide défendu. Le vin, la bière doivent être ses seules boissons.

Sur ces édifiantes paroles de la toute fin du dix-neuvième siècle, je vous laisse méditer. La suite au prochain numéro si vraiment vous insistez! (Je vais aller me passer Jacques Brel, Pourquoi ont-ils tué Jaurès?)

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