Guide des convenances, ça continue…

Ah, je sens que ça vous manque, le Guide des Convenances. Prêts pour une petite pincée?

La première communion: Ce rêve unique, ce bonheur « du plus beau jour de la vie », reste toujours comme une auréole éclatante, un souvenir embaumé, un rayon très doux, illuminant la vie, adoucissant les souvenirs poignants, les amères désillusions. Que de familles ramenées à la stricte voix du devoir par la piété et la transformation de l’enfant! (…)

La toilette de la petite fille doit être simple et de bon goût. Le grand luxe et la grande distinction consistant dans la perfection du travail de lingerie et non dans l’accumulation des dentelles et des entre-deux.

(…) Une coutume très touchante consiste à faire remettre aux enfants pauvres de la première communion, par les enfants plus riches, des paquets d’images sur cartons (et non pas sur ivoirine ou parchemin, comme celles des enfants de bonne condition) qu’ils auront le plaisir de distribuer eux-mêmes. Ils connaîtront eux aussi, les pauvres petits, la joie de donner, bien plus douce que celle de recevoir.

(…) Il faut, en ce jour, éviter à l’enfant tout sujet de distraction ou de faute; ne pas le conduire dans des lieux fréquentés, à la musique, sur les chevaux de bois, au Jardin d’Acclimatation, surtout pas au théâtre!… Mais il y a certaines visites obligatoires dont il ne peut se dispenser soit le jour soit le lendemain. Ce sont les visites à ses grands-parents, à ses oncles et tantes, parrain et marraine, supérieurs de couvent et de pension. Les parents, s’ils sont employés, conduisent les enfants à leur patron, les domestiques à leurs maîtres.

Le jeune homme: Pour être à la mode, prétendent-ils, il faut être « fin de siècle », c’est-à-dire ne croire en rien, se moquer de tous les beaux sentiments, traiter l’amour de la patrie de chauvinisme, le respect de l’autorité paternelle de « vieille balançoire », la religion de chose bonne pour les marmots et les vieilles filles. Maintenant, il semble qu’un retour vers le passé se fasse: les vrais Français comprennent qu’ils ont eu tort de se laisser guider par ce rastaquouérisme à outrance, cet élément très étrange, ramassis d’aventuriers inavouables le plus souvent, qui portent des diamants faux, des cravates éclatantes et se surchargent les doigts de larges bagues. (…)

Quelle que soit l’intimité qui existe entre deux familles, un jeune homme n’aborde jamais, dans le monde, une jeune femme ou une jeune fille, en lui donnant son prénom, malgré une habitude d’enfance, il attendra que la jeune fille l’y autorise.

Au bal, il ne doit pas quitter ses gants et encore moins danser déganté.

La jeune fille: La jeune fille autrefois était l’être doux, timide par excellence, la vierge aux bandeaux de lin (parce que les brunes, hein…), aux yeux modestement baissés, à la démarche timide et incertaine. L’éducation américaine, les tendances modernes, l’accès offert à la femme de toutes les carrières, de toutes les études, de tous les sports, lui ont donné un aplomb et une audace presque masculins. La mère pleure, le père se désole! Et lorsque l’âge arrive, que la jeune fille devient vieille fille, on reste stupéfait. Elle est charmante, pourtant, direz-vous, si instruite, si intelligente! Voilà, elle l’est trop. Elle fait peur aux hommes qui s’imaginent qu’une femme trop savante ne pourra tenir convenablement son intérieur et diriger sainement ses enfants. Hélas, d’autres l’ont dit avant moi, la femme est toujours exagérée, elle se jette sans retenue aucune dans un excès ou dans l’excès contraire.

(Je reviens, je vais boire une verveine pour calmer mes nerfs exagérés) (…)

Une jeune fille ne doit jamais sortir seule; mais si la position de ses parents ne lui permet pas d’avoir une bonne pour l’accompagner, elle fait les courses vêtue simplement, marchant vite sans regarder à droite ou à gauche et sans s’arrêter devant les étalages des magasins.

Une jeune fille ne doit pas aller avec une institutrice, ni avec sa femme de chambre sur une promenade au moment où la foule se presse pour entendre la musique militaire; elle n’y va qu’avec ses parents. Une fillette ne doit pas non plus donner le bras à sa bonne. À la promenade, une jeune fille doit marcher à côté de sa mère, elle ne restera jamais seule, devant ou derrière ses parents, avec un jeune homme.

Une jeune fille ne croise pas les jambes.

Une jeune fille ne fait pas de cadeau à un jeune homme; lorsqu’elle en fait un à son fiancé, elle le donne au retour de la mairie le jour du mariage civil.

Une jeune fille ne doit pas laisser voir à un jeune homme qu’elle l’aime et désire l’épouser; elle doit montrer au contraire à son égard plus de réserve et de retenue afin de cacher ses véritables sentiments. Si le jeune homme lui fait une déclaration et lui annonce son désir de l’épouser, elle confiera immédiatement à sa mère la recherche dont elle est l’objet.

Une jeune fille ne donne jamais sa photographie à un homme à moins qu’il ne soit son fiancé.

Au bal, la conversation d’une jeune fille avec son cavalier ne doit rouler que sur des banalités: la beauté de la fête, l’élégance des toilettes, la manière gracieuse de recevoir des maîtres de la maison.

À table, elle mangera raisonnablement, boira de l’eau ou du vin très étendu d’eau, supprimera épices et café de son alimentation.

Le mariage: La mère agira prudemment en entretenant parfois sa fille de ce grave sujet qu’est le mariage; elle lui enseignera la douce et sainte mission de la femme qui est de se dévouer sans relâche et d’aimer sans bornes, elle lui parlera de la dignité du foyer, de la tâche écrasante de l’éducation des enfants (surtout bien leur apprendre à viser avec les dragées en plâtre!). La jeune fille, bien pénétrée des lourds devoirs qui pèsent sur l’épouse et la mère, ne montrera pas cet empressement étourdi à se marier pour le simple désir de faire comme ses amies. Et surtout elle comprendra mieux quelles qualités sérieuses, quelles vertus elle doit rechercher, avant tout, chez celui qui marchera à ses côtés dans la vie du devoir. Elle sera moins prompte à s’enthousiasmer pour un jeune danseur à la moustache soyeuse et bien relevée. Il ne convient pas qu’elles cherchent un mari; elles doivent l’attendre, voilà tout.

Le choix d’un époux: « Le mariage est la base de la société ». C’est cette union honnête et saine qui donnera à la nation des hommes forts et des femmes vertueuses. Les mariages improvisés présentent de réels dangers. Peut-on, en si peu de temps, étudier l’âme discrète d’une jeune fille, l’âme plus complexe d’un jeune homme?

(…) Le mariage d’amour, lorsqu’il ne heurte pas les autres considérations de position, de convenances, est ce qu’il y a de meilleur. Il arrive parfois aussi qu’un jeune homme ou une jeune fille fasse un choix indigne. Dans ce cas, les parents devront déployer beaucoup de tact et surtout une immense tendresse, ils prouveront à leur enfant que s’ils lui interdisent de réaliser sa chimère, ils souffrent avec lui de ce déchirement. Tant d’affection ébranlera ce jeune cœur, il renoncera à la longue à sa folie. C’est dans la crainte de semblables accidents que les parents surveilleront étroitement leur enfant.

Les préliminaires: Si un jeune homme a rencontré une jeune fille qui lui paraît être l’idéal rêvé, capable de devenir la digne compagne de sa vie, (…) il n’est pas d’usage qu’il lui fasse part directement de ses intentions. Son père, à son défaut sa mère, un oncle, un vieil ami, se chargera des démarches. Cet ambassadeur ne manquera point de prendre sur la famille de la jeune fille tous les renseignements nécessaires. Ces renseignements devront être très circonstanciés, il faut s’enquérir de l’honorabilité, de la fortune, des maladies héréditaires, des antécédents. Le père de la jeune fille ne peut immédiatement donner une réponse ferme; il agira prudemment en l’ajournant, sous le prétexte poli de consulter sa famille, mais en réalité il se réserve le temps de prendre par lui-même des renseignements complémentaires.

(…) Lorsqu’il aura été reconnu que l’union entre les deux jeunes gens est possible, on suscite une rencontre, on choisit un terrain neutre, une église, un musée, un lieu de promenade. La jeune fille est avec ses parents, le jeune homme est accompagné de la personne qui s’entremet pour le mariage. On se rencontre comme par hasard, à la sortie de l’église ou pendant la promenade, et après les présentations, une conversation générale s’engage. Elle est courte et banale, il serait de mauvais ton de chercher à la prolonger indéfiniment. Il est préférable que la jeune fille ne soit pas prévenue. (Qui a parlé de maquignonnage?)

(…) La demande officielle est présentée par le père du jeune homme; une tenue très soignée est indispensable, redingote et gants mi-teinte.

Dans le prochain épisode, je vous retranscrirai les joies des fiançailles, incroyablement codifiées.

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