Fiançailles

Allez, vous avez été sages, je vous mets la suite du Guide des Convenances, histoire de décrasser la tuyauterie avec une bonne dose d’adrénaline. Nous avons laissé les deux tourtereaux juste après la séance de maquignonnage entre adultes. Maintenant, le parcours du combattant des fiançailles

La visite du jeune homme, agréé comme fiancé, suit immédiatement celle de l’ami (qui aura présenté la demande); les parents le reçoivent amicalement, il fait déjà partie de la famille et il est d’usage de le prier à dîner pour le soir-même. Il aura eu soin de faire précéder sa visite d’un envoi de fleurs blanches disposées en gerbe, en corbeille, en panier, etc…, il n’y joindra pas sa carte.

La jeune fille ne doit pas assister à la première partie de la visite, les parents le reçoivent d’abord, lui tendent la main, lui disent d’affectueuses paroles. La jeune fille est appelée un peu plus tard; il est de bon ton que sa mise soit un peu recherchée, elle aura à son corsage une fleur du bouquet reçu.

Elle tend la main à son fiancé car dès lors, il a droit à ce titre.

Elle le remercie simplement de son bouquet (que d’effusions, c’en est trop!).

Lorsqu’on habite à la campagne ou un endroit éloigné, on peut offrir des rafraîchissements à celui qui fait la demande en mariage et au jeune homme lors de sa première visite. (Si on habite en ville, il n’a pas droit à l’anis?)

Le jeune homme n’attend pas l’heure du dîner, il se retire et revient le soir à l’heure qu’on lui a fixée. Il est en jaquette ou en veston. La fiancée a une petite chemisette de soie claire.

Le fiancé doit, à partir de ce jour, venir tous les jours voir sa fiancée et lui devra un tribut fleuri. Le premier bouquet de fiançailles doit se composer de fleurs coupées, il peut être blanc, ou rosé (pour les plus zazous?). Les paniers garnis d’oignons, de tulipes, de jacinthes, de pieds de marguerites sont réservés pour les petits envois de la semaine. Les fleurs expédiées pour les dates officielles: fiançailles, dîner de fiançailles, jours de réception, soirée de contrat, jour de mariage, seront des fleurs à longue tige; lilas, roses, tulipes, lis et jasmins réunis en gerbes, en bouquets, en paniers aux anses arrondies, voilés de tulle blanc, noués de satin ou de moire. À ce panier le fiancé pourra faire joindre des fleurs coupées, destinées à orner les pièces dans lesquelles on reçoit, danse, lunche ce jour-là.

Si elle a des sœurs jeunes filles, le fiancé leur envoie un bouquet de temps en temps, mais petit et d’une valeur insignifiante. Il est de bon goût d’en envoyer une ou deux fois à sa future belle-mère, en fleurs de couleurs, bien entendu.

Plusieurs traités de savoir-vivre prétendent que le premier bouquet donné à la promise doit être blanc, puis ensuite, par une progression habile, il doit aller en se fonçant de telle sorte qu’à la veille du mariage, il se trouve entièrement rouge. (Quelle allégorie! Quelle poésie!)

Le dîner des fiançailles: Le jour des fiançailles officielles, le jeune homme envoie à la jeune femme un bouquet composé de roses, de lilas, camélias, dahlias, muguet, tubéreuses, suivant la saison. Ce bouquet sera orné d’un très beau ruban blanc, que plus tard la jeune fille, devenue épouse et mère, retrouvera avec attendrissement dans ses trésors les plus précieux.

Les fiançailles s’annoncent au dessert. Si le dîner a été remplacé par une soirée, elles s’annoncent à minuit.

Bague de fiançailles: C’est aussi ce jour-là que le jeune homme remet la bague de fiançailles. On la prend généralement blanche, composée de perles et de diamants. Les bagues aux pierres de couleur sont réservées pour d’autres circonstances, pour marquer d’une pierre brillante les événements d’une vie de femme: la naissance d’un enfant, les anniversaires de mariage, les noces d’argent ou d’or. Ah! Nous sommes bien loin de là, vous écriez-vous, mes jeunes lectrices de dix-huit ans, tout à la joie de vos fiançailles, à l’espoir radieux de cette vie nouvelle qui s’ouvre devant vous.

Le blanc, la réunion de toutes les couleurs, symbolisera pour vous la réunion de toutes les joies, de tous les bonheurs. Et, pendant que vous demandant la permission de vous baiser la main, votre fiancé passe au quatrième doigt de votre main gauche l’anneau scintillant, pliez-le vivement afin que, la bague s’arrêtant à la dernière phalange, vous soyez assurée, par ce moyen, d’être reine et maîtresse dans votre future maison.

Faire-part des fiançailles: On avait essayé d’introduire, en France ,la mode allemande qui consiste à écrire sur papier enluminé les noms des deux futurs suivis de ces lignes: ont l’honneur de vous faire part de leurs fiançailles. Mais cette mode s’intronise difficilement dans notre pays où, avant le mariage, les jeunes filles ne peuvent guère faire part elles-mêmes d’un événement quelconque.

(…) Les amis intimes sont prévenus par une lettre autographe. Exemple:

« Chère madame et amie,

Je veux vous annoncer un événement de famille qui nous rend très heureux.

Ma fille Hélène (sic) est fiancée à Monsieur Gontran de Gourac, lieutenant au 1er bataillon de chasseurs à pied. Son avenir parait brillant et la haute valeur morale de son caractère nous est une ferme garantie de bonheur pour notre chère fille »

(…) Le jeune homme a désormais le droit de venir voir sa fiancée chaque jour; malgré ses privautés, il sera de bon ton de ne jamais se présenter chez elle avant trois heures de l’après-midi. La mère sera présente à ces visites; elle dirigera les conversations, s’associera aux projets d’avenir et c’est surtout dans ces moments bénis de douce intimité (sic) qu’elle pourra leur verser les trésors de son expérience et de sa tendresse. (En leur passant la chanson de Boris Vian, « Ne vous mariez pas les filles »?)

La mère n’assistera pas constamment à l’entretien des fiancés, elle pourra leur ménager avec tact quelques moments de tête-à-tête: sous prétexte de donner un ordre, de surveiller un détail domestique, elle s’éloignera; laissant la porte entr’ouverte, elle pourra travailler dans la pièce voisine.

Nous ne saurions trop recommander aux fiancés de ne se livrer à aucune familiarité; ils doivent se borner à la démonstration du shake hand et se traiter avec réserve; pas de libertés déplacées, pas d’expressions de tendresse trop vives; toutes ces douceurs charmantes doivent être réservées pour les premiers temps du mariage. Mais de toutes façons il ne convient pas que les fiancés soient trop libres l’un vis-à-vis de l’autre.

Les premiers jours, les fiancés se traiteront de Monsieur et de Mademoiselle, puis ils diront « Monsieur Raoul » et « Mademoiselle Jeanne » (une pensée pour Audiard et Franquin…), ensuite Raoul et Jeanne tout court.

Durée des fiançailles: Que dirons-nous de la durée des fiançailles? Quelques esprits éminents ont tenté, tout récemment, de résoudre cette question difficile. « C’est la vraie lune de miel, disent quelques-uns, prolongez-la autant qu’il est possible », « l’esprit français est léger, ne laissez pas à ces enfants trop d’occasion de se dédire, mariez-les sans délai ». Comme indication générale,disons: les fiançailles doivent être assez longues pour que les deux jeunes gens aient eu le temps de s’étudier, mais assez courtes pour que leur affection réciproque ne soit pas lasse.

Autrefois, une jeune fille était presque retranchée du monde pendant la durée des fiançailles, elle ne pouvait se montrer dans aucun lieu de réunion public, les visites de son fiancé étaient ses seules distractions. Les jeunes filles actuelles s’accommoderaient mal d’une telle réclusion, l’usage leur permet de sortir comme à l’ordinaire.

Une fiancée peut aller au concert, au théâtre avec ses parents et son fiancé. Il l’accompagne dans ses courses, pourvu qu’une tierce personne âgée et respectable soit toujours présente. Le jeune homme ne donnera le bras ni à sa fiancée ni à la mère de sa fiancée.

La jeune fille ne va cependant pas au bal, où sa position serait gênante: il serait déplacé de ne danser qu’avec son fiancé, et il n’est pas reçu qu’elle danse souvent avec d’autres. Lorsqu’une jeune fille est invitée comme demoiselle d’honneur, il est correct de lui donner son fiancé comme garçon d’honneur.

Lorsque les fiancés seront invités dans une tierce maison, ils s’y rendront séparément; ils pourront sortir ensemble (d’où l’expression « sortir avec quelqu’un »????); le fiancé reconduira la jeune fille chez elle avec sa famille.

(Dans les occasions de réception dans la famille de l’un ou de l’autre) la tenue des deux fiancés vis-à-vis l’un de l’autre doit être correcte. Il convient que leur affection mutuelle se devine mais qu’elle ne s’étale pas.

Si la jeune fille était orpheline, son tuteur, ses oncles et tantes devraient remplacer les parents; en ce cas les fiançailles doivent être courtes, on les abrège le plus possible. Si la jeune fille n’avait aucune relation, ni protection, elle se retirerait, après la demande faite, dans une maison de retraite, son fiancé venant la voir au parloir. Le mariage a lieu dans la plus grande intimité, si possible dans la chapelle de la maison où la jeune fille s’est retirée.

Je ne commente même pas, je vais chercher un produit contre les remontées de bile. Heureusement qu’il y a une machine à laver toute neuve qui ronronne dans la cuisine! Jour de fête!

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