Le chant des oiseaux

Pendant l’assaut de froid des derniers jours, j’ai souvent porté une sorte de manteau d’origine inconnue, trouvé dans mon placard, grand manteau gris à la texture étrange, comme en plastique enduit et presque collant, mais chaud, après tout c’était ce que je lui demandais avant tout.

Il produisait un effet secondaire assez intéressant, en effet quand je tenais un sac plastique par exemple ou portais des collants, le frottement entre les deux matières était source d’un petit son flûté que mes oreilles déficientes acheminaient vers mon cerveau avec l’étiquette « chant d’oiseau » et je me réjouissais de ce signal du retour inéluctable vers le printemps.  Oui, j’ai une bonne nature parfois, on va dire ça comme ça… Jusqu’au moment où j’ai fini par réaliser que ces chants m’accompagnaient sur une distance bien trop importante, que leur rythme était bien trop répétitif, et que continuer à les entendre bien plus fort dans une cage d’escalier était un indice de plus pour m’amener à admettre mon erreur.

Je vous parle de ça parce que hier après-midi j’ai entamé les premières démarches pour me faire poser un appareil auditif et si je sais ce que je vais gagner en aisance dans mes rapports sociaux en entendant correctement, je me demande aussi ce que je vais perdre (ça, c’est le côté « moins bonne nature »…).  Je risque de perdre certains fou-rires en comprenant de travers (et réciproquement) des paroles échangées avec ma mère à l’ouïe aussi facétieuse que la mienne, les parois de mon appartement vont redevenir transparentes aux bruits des voisins, je vais vivre une double vie, celle avec et celle sans appareil, qui sera marquée par le choix ou la nécessité de l’ôter.

Ce sera sans doute le même phénomène que pour les personnes qui ont une mauvaise vue et qui découvrent finalement que la netteté leur fait voir plus crûment la laideur du monde. Petit à petit l’inéluctable presbytie me fait découvrir un autre univers, celui où l’on peste contre les emballages au texte scandaleusement trop petit, où l’on élude la lecture systématique de toutes les écritures qui se présentent sous vos yeux, on l’on découvre une vision plus globale du monde qui vous entoure dans un certain périmètre. D’ores et déjà ça se ressent par une fatigue plus grande à l’idée de dessiner minutieusement comme je le faisais jusqu’à présent, cette pratique perd de l’intérêt puisqu’elle ne retranscrit plus ma manière de voir. Vais-je en découvrir une autre? Vais-je découvrir une autre façon de percevoir ce qui m’entoure en l’entendant à nouveau correctement? Heureusement, je ne porterai pas d’appareillage la nuit et je resterai ainsi toujours hors d’atteinte des braillements du gros chat Papou qui hurle son besoin de câlins à 3 h du matin…

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6 commentaires à “Le chant des oiseaux”

  1. Frédéric

    Dans la série « son d’oiseau », je suis tombé par hasard sur ce générateur de chant de Rossignol. On tape un texte court, et hop, on a un chant printanier en échange.

    Rossignol-O-matic

  2. Caillou

    bonjoir
    Ne pourriez vous pas dessiner une loupe avec d’attaquer le dessin désiré??
    (pour moi « le chant des oiseaux » c’est le café tabac à coté de chez moi, là où on court pour
    se réapprovisionner pour le we…! enfant c’etait pour les bonbons)
     » bonn’ ouïe les petits »


  3. arf , toi aussi t’es d’une famille de « hein »? Je sens un acouphène pour l’instant assez gentil me mordiller l’oreille gauche, mais je le flatte comme une bestiole familière. La famille de ma maman était sourde comme un pot, une joyeuse tribu à oreilles décollées mais peine perdue , l’ouïe ne fut pas au rendez vous malgré ces efforts de pavillons.
    Mais maman m’a souvent dit préférer couper son appareil!!

  4. Hélène M.

    J’ai demandé au rossignol de chanter « Biquet a un gros nez », comme il se doit, mais il n’a pas voulu…

  5. Hélène M.

    Pour Caillou:
    Avant c’était les bonbons, maintenant, c’est quoi???? Des revues comme Sciences et Bricolages? 30 millions d’origamis?

  6. Hélène M.

    Pour Planeth:
    Oui, nous sommes une famille de « hein? » du côté féminin. ça donne parfois des dialogues assez surréalistes… J’ai deux acouphènes facétieux de temps à autre, un que je n’ai pas entendu depuis longtemps et qui imite à merveille la sirène des pompiers, un autre plus fréquent qui imite la sonnette d’entrée de mon appartement et me fait me lever en pleine nuit « au cas où ». Celui-là, je le maudis! Sinon il y a le classique genre eau qui bout dans l’oreille mais celui-là, on s’y fait en le traitant par le mépris.

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