Jeux de mots

Dictionnaire des mots rares et précieux
Collection 10-18

Quelle merveille que ce dictionnaire!

Jusque là je remplissais aléatoirement des petits carnets au fil des découvertes de cruciverbiste, des lectures de livre sur le comportement animal ou la zoologie en général (je vous recommande les tomes sur ce thème dans la collection La Pléïade, vous ouvrez une page au hasard et c’est la plongée dans un univers hallucinant où vous ne comprenez pas un mot sur trois, fou-rire nerveux garanti au bout de vingt lignes), bref je piochais des mots étranges, rares ou beaux, parfois le tout à la fois et je les gardais dans mes boîtes à bijoux que sont ces carnets.

Et là… là! (Pensez à Miou-Miou dans les Valseuses pour avoir l’intonation) Un dictionnaire uniquement consacré à ces mots inutiles ou plus précisément rarement utilisés! Le bonheur en 341 pages.

Pour le faire durer, je ne lis qu’une page de temps à autre, à la recherche de la pépite que je vais faire rouler sous la langue de la langue, le mot qui existe et qui soudainement rassemble une réalité sous ses jupons, toute ronde, toute joyeuse de ne plus être dispersée en une explication confuse mais reconnue pour ce qu’elle est, sortie du lot des sensations éparses.

Des exemples??? Allons-y, vous allez voir, c’est amusant. Mais puisque je vous dis que c’est amusant! Vous ne me croyez pas?

J’ouvre à la première page et je trouve tout de suite un joli galet rond: le mot « abrouti ». Non ce n’est pas une insulte, quoique… Bois abrouti: dont les pousses ont été broutées par le bétail. C’est pas joli, ça? Ça ne vous rappelle pas cet ennui vague que l’on ressent en tant que passagère dans une voiture, quand l’œil se promène dans le paysage du bord de l’autoroute à la recherche d’une connivence qui le distraie de la torpeur diffuse de l’habitacle trop chauffé et de la conversation épuisée. Champs, champs, prés, champs, route, villa, ferme, champs, bois de peupliers en alignements qui défilent de façon hypnotique puis aussitôt soustraits à l’amusement qu’ils avaient éveillé, champs, route, clocher au loin qui organise l’espace autour de sa punaise fichée dans l’horizon, ennui des pays sans bosse. Mais quand le paysage est montueux, même peu, juste un peu, on ne peut plus s’ennuyer, il y a toujours un « plus loin » différent, un creux bleuté où la neige s’attarde, une herbe verte et moussue sous la frange d’un bois et un crêt où la lumière frise. L’œil court comme un chien dont on a détaché la laisse. Et c’est là qu’on finit par remarquer cette ligne d’ombre régulière qui suit le bois à la limite des prés où placident des bœufs. Quel coiffeur zélé a donc tondu avec cette précision de maniaque la végétation? Pourquoi les arbres relèvent-ils ainsi leurs jupes juste derrière la barrière? Pour faire joli sur la photo ou la mémoire, comme un trait de khôl qui soulignerait la frontière entre le domestiqué et le bois? Non, il a été abrouti, tout simplement.

Espèce d’abrouti! Je l’adopte.

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9 commentaires à “Jeux de mots”


  1. … »Où placident des boeufs »…. et les arbres qui relèvent leurs jupes… ;0))

    ‘core d’autres

  2. Hélène M.

    Si j’y parviens, j’aimerais bien en faire une rubrique de petits textes au fil des mots découverts, une pelote avec ces fils. Après tout, c’est le meilleur moyen pour me souvenir de ces mots!


  3. Déjà j’ai beaucoup aimé hypnagogique! Je ne saurais pas encore m’en servir mais je me le mets dans ma « boursamots »

  4. Hélène M.

    A propos de « boursamots », ce serait marrant de faire une « bourse aux mots », où on pourrait s’échanger des termes découverts et appréciés, à charge de chacun ou chacune de faire un texte ou un dessin dessus pour valider l’échange.

    « Qui veut mon boulingrin? Il est beau mon boulingrin, il est frais, qui veut mon boulingrin, contre quoi vous me l’échangez ma p’tite dame? »


  5. ah ben moi j’suis OK!
    voyons, boulingrin : gazon bordé d’arbustes.. tiens, j’aurais pas dit ça moi, j’avais pensé à un boulevard animé avec peut-être une rangée d’arbres, un genre de mail, et des choses qui tournent , des manèges…

    Sinon ya nos mots à nous aussi: chez nous quand je fais un « gloubiboulga » les gars savent que je ne suis pas sûre du résultat, c’est un plat mélange de tout, ou bien c’est « à la crotte de chat »

  6. Hélène M.

    Un « gloubiboulga »? Façon « L’Ile aux enfants »? Chez nous on appelle ça un « Fouzitou », ça fait japonais, quand on vide le frigo et qu’on mélange un peu ce qui vient au hasard. Ou un « éclafouillis » quand le résultat ne permet pas à première vue de deviner à partir de quoi ça a été élaboré.

    Je vois que chaque famille a ses termes codés devant la cuisine maternelle (ou pas)…

  7. Caillou

    bonjoir,

    sur Gutenberg.org:
    http://www.gutenberg.org/files/24045/24045-h/24045-h.htm
    « RECUEIL
    DES
    EXPRESSIONS VICIEUSES ET DES ANGLICISMES
    LES PLUS FRÉQUENTS »
    (rien que le titre…tout un poeme!)

    « BADRER. C’est encore un mot anglais francisé, et assurément il n’est pas un des moins ridicule, surtout lorsqu’on dit: c’est badrant! Nous avons les épithètes d’ennuyeux, de fatigant, voire même de scieur, qui rendent parfaitement l’idée de badrer; pourquoi donc ne pas nous en servir?
    …/…
    QUERIR. Il y a bien longtemps que ce verbe a été corrompu par les classes laborieuses, car aujourd’hui elles ne cessent de dire: va le cri pour va quérir ou va chercher quelqu’un. Nos instituteurs seuls sont capables de faire disparaître un jour cette mauvaise manière de prononcer ce verbe.

    RENARD. Les enfants disent faire le renard lorsque, sans permission, ils manquent d’aller à l’école. C’est aux maîtres à leur apprendre que faire l’école buissonière est l’expression voulue en ce cas. …/… »

    une attention spéciale pour le nom des caractères d’imprimerie!

  8. Caillou

    re-!

    ils ne sont pas précieux…
    http://www.gutenberg.org/files/18024/18024-h/18024-h.htm

     » DICTIONNAIRE Argot-Français
    PAR
    Napoléon HAYARD
    dit L’Empereur des Camelots

    Abatage.—Reprimande, de patron à ouvrier.

    Abatis.—Les membres du corps humain.

    Abbaye de Monte-à-Regret.—L’échafaud.

    Aboulement.—Accouchement.

    Abouler.—Donner, à regret.

    Acajou.—Chauve.

    Accoucher.—Avouer.

    Accouplée.—Tribade.

    Accrocher, agrafer, amarrer.—Arrêter, aborder quelqu’un.

    Achate.—Ami.

    Acrès!—Méfiance! Chut! Gare!

    Affameur.—Exploiteur.

    Affranchi (être).—Connaître une question, ne rien craindre.

    …/… »

    et plus si affinitées (?)!

  9. Hélène M.

    « Hé, l’affranchi! Accouche ou alors numérote tes abatis. Et aboule! Mais acrès! Sinon on va se prendre un abatage de l’affameur… » Disait le type en accrochant son achate acajou. Il n’était pas du genre à craindre de rendre visite à l’Abbaye de Monte-à-regret.

    Voilà… on mélange tout, on secoue et il sort ça. C’est amusant à faire, finalement!

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