Bavardages publics

J’ai été étonnée l’autre jour de voir une modification dans les rares cabines téléphoniques qui persistent sur les trottoirs: elles n’ont plus de parois en verre. Il reste l’empreinte au sol de la cabine, comme un cric-crac virtuel (cric-crac, c’était la formule magique que nous employions mon petit frère et moi pour signaler que nous mettions fin temporairement au jeu de bagarre, le temps de reprendre souffle et de chercher une issue honorable – ça délimitait un coin inexpugnable à respecter pour pouvoir profiter de la même solution au prochain retournement de situation).

C’est vrai que désormais s’adresser à voix haute à une personne invisible dans la rue n’est plus un signe de dérangement mental, même si ça peut déranger l’entourage immédiat et transitoire. Disparues donc cette occasion de ridicule où ne sait jamais s’il faut pousser ou tirer sur les parois de la cabine puis se faufiler en coinçant son sac entre les battants rétifs, la douce odeur résiduelle de tabac froid quand ce n’est pas d’urine, cette impression d’entrer dans une sphère d’intimité transitoire tout en se sentant observable comme un poisson dans un aquarium.

J’ai pris un coup de vieux le jour où j’ai entendu une jeune mère expliquer à sa petite fille que oui, avant tous les combinés étaient reliés à une boîte avec ce tuyau « comme celui de la baignoire ». Pourtant, je m’en souviens bien du jour où il y a eu le téléphone chez mes parents, après plus d’une année d’attente, avec les voisines qui venaient téléphoner à la maison. Ce n’est donc pas si lointain, hein, rassurez-moi ? Maintenant donc, parler seul à voix haute et avec des gestes pour appuyer ses dires face à un interlocuteur invisible n’est plus dérangeant.

Sauf dans le cas de ce jeune homme que j’ai souvent vu planté au coin de deux rues, haranguant par des propos incompréhensibles des inconnus ou le vide. Dans le langage familial ou le patois dauphinois, je ne sais, on dit que c’est un « banban ».

Puis ce carrefour a été réaménagé, je n’ai plus croisé ce jeune homme, à l’emplacement qu’il avait élu, il y a désormais… deux bancs !

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3 commentaires à “Bavardages publics”


  1. tu crois que c’est l’âme de ce garçon qui est dans les bancs? je n’oserais pas m’asseoir..pffff….

    oui effectivement les cabines de téléphone sentait le pipi, et j’avais l’impression de rentrer dans le bain de quelqu’un d’autre, berk!


  2. rhôo la fôte, tu peux corriger stepl!

  3. Hélène M.

    euh, à « sentaient » tu veux dire??? Bah, faute avouée à moitié pardonnée!!!

    C’est tout à fait ça, on avait l’impression d’entrer dans le bain de quelqu’un d’autre, de respirer un air déjà respiré et d’en ressortir moite d’une intimité décalée et non souhaitée. Bouarfff

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