Lapin de Proust

Quand on nettoie la maison d’autrui, on est sans pitié pour les inutilités. Hop, à la poubelle ces bouts de machins, ces résidus de trucs, faisons place nette pour de futurs stockages d’autres machins, d’autres trucs, sans doute tout aussi inutiles ou inutilisés mais qui auront au moins le charme d’être nouveaux.

Et puis, on tombe sur des inutilités à soi, des madeleines de Proust, et là, quand même, enfin, non, on ne peut pas les jeter, même ça :

(Attention Claire, séquence émotion dans la suite de ce message…)

Il ne s’agit pas de l’arrière-train d’un lapin, enfin si mais pas vraiment, ou presque, quoique. Je m’explique : j’ai retrouvé au fond d’une étagère de la resserre, derrière des pots de peinture, la « raquette de Glinglin ».

Glinglin était un lapin nain angora, au poil blanc. Du genre mordeur et grognon, il fut relégué dans le potager, avec une cabane pour lui et un enclos pour s’ébattre, des visites régulières pour le nourrir et lui mettre de la paille. Il y a pire comme vie de lapin, mieux aussi sans doute, en tous cas ça n’avait pas amélioré sa sociabilité et faute de brossage les poils tombés s’accumulaient à son arrière-train, formant ainsi ce qu’on appelait sa « raquette ». Un  jour ma mère et moi avons réussi à l’attraper pour le débarrasser de son encombrant superflu et pour des raisons inconnues, cet objet en feutre naturel a été posé sur cette étagère pour cinq minutes, qui se sont transformées en une bonne quinzaine d’années. Le fait que le lapin ait été tué par un chat de passage ou un renard quelques jours plus tard a dû participer à cet état de fait et… maintenant encore, je n’arrive pas à me résoudre à jeter ce tas de poils !

Alors je me suis amusée à en refaire un lapin, avec deux baies de vigne vierge et des brindilles.

Autant dire que ça n’a fait qu’augmenter mes réticences à l’idée de le fourrer dans un sac-poubelle, puisque ce genre de lapin rectangulaire avec une oreille un peu tordue, ça m’évoque les dessins d’un des livres préférés de ma fille aînée quand elle avait trois ou quatre ans: Le lapin loucheur. Livre lu et relu, décliné en marionnettes à doigts en feutrine, en suites illustrées à quatre mains (je dois avoir ce petit livre dans mes archives…), je l’avais oublié mais maintenant qu’il m’est revenu en mémoire, j’ai l’impression qu’il s’agit d’un des objets fondateurs de son enfance, comme la mort de Glinglin en a été un passage important.

A propos de lapin, j’ai continué celui en laine feutrée, la deuxième oreille est presque terminée et mise en place, il reste à lui donner un vrai air de lapin en fignolant les volumes et les détails. Maintenant qu’il fait froid, c’est une très bonne activité d’intérieur !

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2 commentaires à “Lapin de Proust”

  1. Salamandre

    Ohlala, revoir cette couverture ! Bon sang, je me souviens à peine de quoi ça parlait, quelle était l’histoire, mais je sais que c’est un bouquin qu’il ne faudra résolument pas que j’oublie de placer au panthéon de mes oeuvres fondatrices quand on me demandera de faire une liste comme ça parce que je serai célèbre mais pas forcément riche. Non mais en plus c’est vrai…
    Et puis la raquette de Glinglin…Je peux te dire que dans le genre chuchoteur je me suis sentie assez puissante la fois où j’ai pu le caresser assez longuement dans le potager…
    En revanche la première photo est d’abord un peu euh…déconcertante parce qu’on a un peu l’impression que c’est un vrai bout de lapin, les pattes arrières étendues (genre gibier…), avec du vrai os et encore un peu de viande dedans… Je me suis demandée pourquoi tu n’avais pas mis l’avertissement avant. Et puis après ça va j’ai compris.

    Enfin je toute zémute !

  2. Hélène M.

    J’avoue que j’ai choisi l’angle de prise de vue de la première photo pour accentuer le côté « râble de lapin ». Au départ j’avais photographié la « raquette » de façon frontale puis en la regardant à nouveau ce côté anatomiquement évocateur (et morbide) m’a sauté aux yeux. Le lapin d’antan ressortait à travers ces restes de poil. Ou plutôt un autre lapin, un grand, étiré, éloigné de la boule de poils ramassée sur elle-même qu’on a pu côtoyer.
    Le souvenir du livre m’est venu au moment d’écrire ce billet et je me demande maintenant comment il a pu être oublié ! Lui et L’arbre sans fin, à des moments différents, sont incontournables. Faudra que je regarde dans la cave si je remets la main dessus…

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