Définition

Il y a quelque temps dans un commentaire à un de mes billets, Planeth parlait des photos que j’ai postées récemment comme celles de « mon jardin d’enfance ». Depuis cette idée trotte dans ma tête, ou plutôt cette non-idée puisque le bout de terrain dont je me suis occupée ces derniers temps n’a guère à voir avec mon enfance. Enfin si. Mais non. Disons qu’il n’est pas un « jardin d’enfance », comme on peut parler d’une « maison d’enfance ». J’y suis pourtant venue du temps de mon grand-père, cette maison lui appartenait depuis bien avant ma naissance mais je n’arrive pas à associer ces lieux avec cette période de ma vie. Par contre, il y a la « vallée de mon enfance ».

Peut-être que pour marquer ces premières années, un endroit doit être celui des premières découvertes des limites et des libertés, des risques et des solitudes, l’endroit où pour la première fois on se reconnaît comme être humain étanche aux autres, avec ses pensées propres et participant en même temps à un ensemble à découvrir, rien du tout sur une grosse boule et persuadé intimement que cet univers existe parce qu’on le perçoit, qu’il disparaîtra en même temps que soi. La toute puissance et la faiblesse de l’enfance.

Ce passage, je l’ai vécu dans les champs de cette vallée, pas dans ce jardin, trop propret à l’époque de mon grand-père pour être laissé aux jeux enfantins, rosiers sur terre nue, enchâssés de buis taillés, gazon et potager, lapins pour les civets, pas de boue pour jouer à gadouiller, pas question de revenir sales et fourbus de courses et de cris. Enfin, quand je dis « cris », c’est pour faire joli, je n’ai jamais su crier comme les enfants dans les cours de récrés, qui semblent sicler comme les bandes d’hirondelles au printemps pour se sentir exister. C’était un jardin de grands, sans cabanes ni recoins.

Par contre, je me souviens de ce tonneau où étaient stockés quelques jouets pour les petits-enfants, dont le reste d’un attelage de bœufs en bois,  encore accrochés par le joug à un char sans roues. L’univers de la vallée-de-mon-enfance avec la ferme et les fenaisons, mais en petit, cassé mais jouet merveilleux, usé, écaillé, qui suscitait chez moi une féroce jalousie envers ceux qui avaient pu s’amuser avec du temps de son entièreté. Je me demande si ce n’est pas cet attelage bancal qui a fait naître en moi plus tard le désir et la pratique de la réalisation de jouets pour mes filles : peluches, déguisements, carriole des quatre-saisons, maisons de poupées et autres. L’envie peut-être qu’elles puissent être les premières à s’amuser avec des objets qu’on ne trouve pas dans le commerce, puisque bien évidemment, les attelages de bœufs ont disparu des étalages…

En ce sens, oui, cet endroit est constitutif de mon enfance, mais pour le reste, je l’ai longtemps considéré comme l’opposé de ma vallée chérie, jusqu’à mettre des années pour admettre qu’il s’agissait de deux endroits très différents, celui des contraintes de la vie d’enfants sages et celui de la liberté des champs, mais deux flancs d’un même massif montagneux, guère distants que de quelques kilomètres à vol d’oiseau.

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