Suite de « notes »

J’étais donc assise sur les marches du jardin, le chat sur les genoux, et je le regardais me regarder le regarder. Comme souvent quand on aimerait piquer d’une épingle un moment dans son herbier mental, j’ai pensé à la photo que j’aurais pu prendre mais cet outil n’était pas adapté, la notion même de cadrage aurait supprimé tout ce background important. Ou alors une photo panoramique du jardin et de la maison et la tête du chat aux yeux plissés de câlins qui serait apparue à un endroit ? Ou une photo aérienne, avec une loupe accessible pour zoomer sur la scène incluse? De toutes façons la technique n’était qu’un faux problème puisque ce que j’aurais aimé sauvegarder à l’état de concret, comme quand on emploie le terme « concrete » pour parler d’une pâte de parfum, c’était cet instant de paix offerte et partagée, de griffes rentrées dans la patte douce et d’asile accordé entre les pans du manteau, de petites vrilles de connivence que je sentais naviguer de son état de chat à mon état d’humain.

Alors j’ai aiguisé mon regard, j’ai détaillé ce qu’est un Filou, j’ai réfléchi à la façon dont j’aurais pu le dessiner et mes pensées sont alors parties vers encore autre chose. Est-ce que le dessin aurait pu rendre cette perception de sa tête, de son poil, et comment restituer ce noir brillant ? C’est alors que j’ai remarqué que sur sa joue où jouait la lumière froide (vous ai-je déjà dit que je me caillais sévèrement le popotin sur les marches ? Ah oui), qu’au niveau de sa joue donc frémissaient les couleurs de l’arc-en-ciel le long des poils éclairés, que le plaisir de l’instant se nichait aussi là, dans ce miroitement ténu qui rendait le noir particulièrement riche et lumineux puisque… pas noir. Mais noir. Peut-être que ça, un bon photographe aurait pu le restituer, mais pas un dessin, en tous cas pas un de mes dessins. J’ai alors saisi ce qui me gêne souvent maintenant dans le dessin animalier, cette impression qu’il rate sa cible en « en disant trop et pas assez », trop d’informations souvent et pas assez de choix revendiqué, tandis que les études où apparaissent le vivant d’une évocation, de chair, de poils, de plumes, mêlée intimement à la surface du papier laissé brut tout en s’en détachant par la compréhension du regard, ça, ça m’émeut. Comme un souvenir qui affleure et laisse chacun reconnaître les siens. Une invitation douce sans rien imposer de façon cadrée, aux différents sens du terme, ce qui m’amènerait à continuer ma réflexion sur la photographie, le cadre, et ma fascination actuelle pour les fenêtres. Mais ça, c’est une autre histoire ! Affaire à suivre ?

Delacroix

Delacroix

Dürer

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3 commentaires à “Suite de « notes »”


  1. joli retour

  2. Hélène M.

    Merci Rêve, contente de retrouver des lectrices et lecteurs ! Et que ce retour leur plaise !


  3. Vos dessins sont vraiment très beaux! Bravo et bonne continuation! 🙂

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