Suite de « suite de « notes » » (ça se fait, ça, de doubler des guillemets ?)

Dans la série « contradiction mes amies », j’ai un rapport un peu compliqué avec l’encadrement de mes dessins : j’ai tendance à préférer le principe de la punaise sur un mur et du dessin qui se corne en vivant sa vie de papier que la mise sous verre et à distance par la marie-louise. Pourtant je reconnais le bien-fondé de cette pratique quand il s’agit d’exposer, de manipuler des objets aussi fragiles et de les faire voir dans un environnement qui peut entrer en concurrence avec le propos de l’œuvre (ça fait sérieux comme formulation, non ?). Piqués sur les murs qui les ont vu sortir de mes doigts, leur nudité est cohérente, ils font partie de l’ambiance globale de l’appartement, à l’extérieur je conçois qu’un encadrement qui les accompagne soit nécessaire : il rajoute un discours de présentation, un bout du cadre de vie en quelque sorte qui s’exporte pour exposer puisqu’il est choisi à la fois pour montrer, mettre en valeur dans le meilleur des cas mais aussi pouvoir, au retour des dessins, s’intégrer dans l’environnement dont ils sont temporairement sortis. C’est pourquoi, moi qui n’aime pas les cadres, j’ai choisi d’apprendre à les faire moi-même.

Je viens dans le billet précédent d’expliquer en quoi je n’aime pas la notion de cadrage et qu’en même temps, depuis quelques mois, depuis que je vis au quotidien dans une maison et non un appartement, je suis fascinée par les fenêtres. En tous cas j’en photographie fréquemment, bien plus qu’auparavant. Je suis bien plus souvent dehors que quand je résidais en ville, mais ce n’est pas le même « dehors ». C’est un extérieur qui reste dans la familiarité d’un environnement familial au long cours et sur lequel je peux agir en jardinant par exemple, pas un espace partagé temporairement avec d’autres humains inconnus, géré par la voirie et les taggeurs. Ce n’est pas un lieu d’itinéraire, que j’aille du potager à la rotonde, d’une terrasse longue à une terrasse carrée, je reste dans le même endroit. Ce n’est pas une question d’impression d’enfermement, c’est… autre chose. Quelque chose qui a trait à l’intimité, à la perception de l’intime. Sur quoi ouvre une fenêtre, comment s’approprie-t-on la vision que l’on a par cet encadrement ? Pourquoi est-ce que je supporte aussi mal que les nouveaux voisins aient une vue plongeante sur la partie arrière du jardin alors que je me sens parfaitement bénigne en regardant celui de la maison de l’autre côté de la route ? Qu’est-ce que c’est qu’être d’un côté ou de l’autre d’une paroi vitrée ? (Et comment les oiseaux savent-ils faire la différence entre un humain derrière les carreaux, inoffensif, et un humain à la même distance mais sans verre séparateur ?) Quel est ce plaisir de savoir qu’il est bon d’être dehors quand on voit la buée sur les carreaux, rappel de la chaleur accessible, et une fois dedans de vérifier que l’extérieur est toujours là, tout aussi accessible ? (Comment ensuite me moquer de la chatte qui vient régulièrement vérifier qu’elle a accès à la maison pour tout de suite demander à ressortir ? ) A moins tout simplement que maintenant je ne regarde les fenêtres comme un lieu de lumière au lieu d’être la marque d’une limite ? Une source qui parce qu’elle est circonscrite projette et met en valeur ce qu’autrement on ne percevrait pas, ou qu’on aurait oublié, le mur en face et sa texture, la diffraction des rayons par les verres anciens. On retrouve alors les notions de cadre, d’encadrement et de cadrage…

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3 commentaires à “Suite de « suite de « notes » » (ça se fait, ça, de doubler des guillemets ?)”


  1. la fenêtre est une frontière souple, une ouverture/fermeture, le lieu de rencontre du dedans et du dehors, ce n’est pas tout à fait comme un cadre qui est en dehors de soi : la fenêtre de sa maison c’est comme une extension de soi-même (la zone intime)- de son regard- vers le monde extérieur, une zone transitionnelle ?

  2. Hélène M.

    Ce qui est bizarre, c’est que les fenêtres de l’appartement ne m’ont jamais donné cette impression, cette curiosité. Peut-être parce que je n’en connaissais qu’une face ? Ne les ayant jamais regardé de l’extérieur que pour constater qu’elles auraient bien mérité un bon nettoyage… Dans ma situation actuelle, c’est peut-être plus le dehors qui a changé que le dedans ? Et donc la transition dont tu parles ?


  3. extension du domaine de l’intime

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