Eros et Thanatos sont dans la cuisine, Eros tombe à l’eau, qu’est-ce qui reste ?

A propos de poisson et d’étal de poissonnerie, avez-vous déjà remarqué que les poulpes sont beaucoup plus morts que les poissons ? Sauf, bien sûr, ceux qui sont déjà coupés en tranche et qui ont totalement basculé du côté de la calorie. La flaccidité des céphalopodes occis, l’entremêlement de tentacules blafards, ça évoque une suite du tableau Le bain turc d’Ingres, après l’orgie, dans une palette de roses teintés d’ocre et de violacé qui rappelle les chairs meurtries des toiles de Freud, non pas Sigmund, Lucian, le spécialiste du hardcore (ben quoi, c’était l’année Gainsbourg il y a peu…). Les poissons, c’est stupide, même morts ils continuent à ressembler à eux-mêmes, fuseaux inexpressifs. Les poulpes sont futés, à part peut-être celui qui aimait le foot, et après le trépas, vaguement contenus dans un creux de glace pilée, ils abandonnent toute velléité de simulacre, eux qui sont pourtant champions du camouflage.

Une pieuvre invisible
envoyé par gotti57. – Regardez des vidéos d’animaux drôles.
Morts ils sont, morts ils nous le font savoir, tandis que les poissons rappellent en nous la petite Sophie de la Comtesse de Ségur, qui remettait dans leur bocal les poissons saucissonnés et s’étonnaient de les voir s’obstiner dans l’immobilité. C’est comme pour les poulets, j’ai déjà raconté que le fournisseur de l’AMAP à laquelle j’ai adhéré nous livre des poulets avec ou sans tête. Beaucoup préfèrent la version sans, car la présence de ce rappel de la nature initiale de la viande leur déplait. Personnellement, les pattes m’interpellent plus (au niveau du vécu, bien sûr) que la tête puisque je ne peux pas résister aux retrouvailles avec le jeu d’enfance consistant à leur faire simuler la marche en tirant sur les tendons coupés. Il est rare maintenant d’acheter de la volaille dotée de tous ses attributs, sans doute parce qu’on ne sait pas les cuisiner et qu’on rechigne à payer un poids inutile ? Mais je parlais de tête ou sans tête, d’Eros et de Thanatos et je vous livre une photo des préparatifs du dernier poulet sans tête de l’AMAP, en vous laissant toute latitude dans l’interprétation. Mais personnellement, je crois que je vais continuer à demander la version avec tête…

Et bon appétit ! (Plonger le poulet dans l’eau froide, amener à ébullition, avant de le mettre au four, lui garantit une tendreté fort améliorée. Je parle de cuisine, hein, n’allez pas imaginer autre chose !)

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2 commentaires à “Eros et Thanatos sont dans la cuisine, Eros tombe à l’eau, qu’est-ce qui reste ?”


  1. j’aime beaucoup « la flaccidité des céphalopodes occis »
    la vidéo est surprenante
    le cou de poulet est …évocateur…

  2. Hélène M.

    Je viens de prononcer à voix haute « la flaccidité des céphalopodes occis » tout en écoutant Boby Lapointe, « La méli-mélodie », ça évoque…

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