J’aurais voulu être…

Une blogueuse « BD » ou plutôt « roman graphique », voulait être ethnologue. Ethnologue, éthologue ou archéologue, dans mon cas j’hésite. Un peu tard pour une vocation mais pas trop pour jouer à l’Indiana Jones de jardin, non pas à la recherche de l’Arche perdue mais à la découverte de vestiges autrement émouvants. Du moins pour moi.

En dégageant au sécateur la structure de la vieille balançoire, complètement noyée par la folle végétation qui tient lieu de haie dans l’ancien potager, j’ai retrouvé, enfouie sous les rejets de chèvrefeuille, de sureau et de kerria japonica, la chaise en plastique de mes filles quand elles étaient petites. Une des chaises du moins. Il y en avait une autre, rouge et blanche, et c’est à celle-ci que j’ai pensé en retrouvant celle-là, la chaise sur laquelle l’aînée me suivait, déplaçant son siège au fur et à mesure que j’avançais dans la taille de la pelouse (à la cisaille…) pour rester près de moi tandis que je lui racontais Barbe-Bleue. C’est un souvenir très fort de récit de conte, et pourtant, dieu ou diable sait qu’on lui en a raconté, des contes, des fables, et des récits mythologiques de toutes sortes et de tous pays, mais je ne sais pourquoi, cette narration-là m’est restée plus particulièrement en mémoire. Sans doute parce que c’était la première fois que je lui racontais cette histoire, peut-être aussi parce que je ne la regardais pas, je parlais tout en étant penchée-pliée vers l’herbe et elle me suivait, buvant mes paroles dans un mélange de peur et de fascination, comme si le fil du récit la tirait. Je la sentais, ou l’imaginais, cherchant à la fois la protection de la mère et redoutant la suite du récit proféré par cette même personne. Les paroles étaient le seul lien et nous enroulaient dans une bulle de mots et de mystère, plus de petits zoizeaux, de bac à sable, de jardin des grands-parents, mais l’herbe qui verdoie et la route qui poudroie, la clef qui saigne et les frères qui tardent tant à venir tandis que l’époux sanguinaire monte l’escalier. Peut-être que c’est moi qui me sentais double à ce moment ? Partagée entre l’inquiétude maternelle d’être en train de raconter une histoire bien trop trash à une petite fille de trois ou quatre ans et la sensation d’être dans un rôle de narratrice qui passe à un public (et un bon public) un mythe fondateur et complexe, nourricier même dans la peur ou parce que la peur.

Alors, en hommage à ce souvenir, j’ai envie de garder cette vieille structure métallique et rouillée en place et d’en faire une sorte d’alcôve de lecture, une petite table, une chaise et la végétation qui en fait à sa guise (ou presque) sur trois côtés et le sommet, il suffit pour ça que je détourne mon sécateur quelques semaines…

Ajout : au moment où je clique pour publier ce message, j’allume la radio pour écouter sur France Inter et de quoi parle-t-on dans l’émission ? Des contes…

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