Mystères des textes

Je cherche encore les sensations de l’époque de cette lecture. J’étais très jeune et je crois que j’appréciais le fait qu’on s’adressait à moi-lectrice comme à une grande, curieuse et capable d’apprendre mais il y avait un tri à faire, la sensation d’un mystère entrevu et entretenu. En tous cas ce livre m’a ouvert l’appétit pour mes futures et nombreuses lectures autour du comportement animal ! Mais à le relire je m’amuse de constater ce mélange là encore très daté de réticences à aborder le sujet de la sexualité tout en l’abordant sans l’aborder mais quand même mais oui mais non.
Par exemple quand le grillon trouve refuge chez une courtilière, il éprouve quelques scrupules à accepter son invitation du fait du qu’en-dira-t-on. Elle le met à l’aise en avançant son grand âge qui la met à l’abri des cancans du voisinage.
Le lampyre présente un cas bien plus troublant : on dit « un » lampyre, « un » ver luisant, or ce sont les femelles de cet insecte qui restent aptères et attirent les mâles volant aux alentours avec leur abdomen lumineux. Aïe, comment aborder ce sujet tout en l’éludant ? Et bien en mettant paradoxalement l’accent dessus. Le lampyre est présenté comme une « femme » qui veut qu’on la considère comme un « homme », sans autre explication (alors que quand il s’agit des fourmis, l’illustrateur les habille de jupes quand ce sont des ouvrières et de pantalons quand ce sont des soldats, pourtant on dit « une » fourmi…) ; quant à l’utilité de son signal lumineux, elle est abordée d’une façon qui est un chef d’oeuvre de tournicotis autour du pot. Drôles de propos dans un livre de vulgarisation scientifique.


Pour en finir avec le dépiautage de ce livre, il me revient maintenant qu’un des éléments qui m’avaient particulièrement marquée, c’est la scène première dans laquelle une bonne partie de la fratrie du héros grillon se fait dévorer par un rossignol. C’était peut-être la première fois que la mort était abordée ainsi, aussi brutalement et dès le début, dans mes lectures.

Je remercie encore ma marraine de l’avoir cherché, retrouvé et offert, j’ai enfin pu connaître la fin et retrouver ces sensations d’enfance !

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