Rêveries minérales

Comment cet petit objet étrange, de quelques centimètres de long, a-t-il pu se retrouver sur le lit d’extérieur surplombé d’un auvent ? Il n’a pas pu se décrocher de celui-ci puisque l’installation n’est en place que depuis une dizaine de jours, il ne peut pas provenir du muret puisque je l’ai masqué avec un paravent molletonné. Un oiseau aurait-il été sujet à la même méprise que moi qui ait tout d’abord confondu ce petit tuyau strié avec une larve ? Même si j’ai plutôt tout d’abord soupçonné une des chattes d’avoir laissé un souvenir odorant sur le matelas.

Mais d’odeur point, juste une boue très fine, séchée et durcie au soleil pour former quatre loges annelées. Quel animal a bien pu les construire ? Seule la loge terminale est ouverte, laissant entrevoir un intérieur parfaitement lisse sans trace de cocon. Est-ce la larve elle-même qui s’emmure ou la mère qui maçonne à l’avance des berceaux rustiques et superposés ? Je ne vois pas de point d’accroche ni même de surface plus aplatie, rien qui puisse me guider vers une compréhension de la logique interne de cet assemblage. Sur la loge latérale on voit le bouchon appliqué comme un opercule plus bâclé, je croirais sentir le soulagement du dernier geste d’un boulot fastidieux. Ce bouchon accrédite l’hypothèse d’un travail maternel, une larve ne pourrait pas l’appliquer elle-même.

A regarder cet assemblage, j’hésite entre des pommes de pins miniatures et des amphores à gouttes de miel. Ou le bouton de la prêle. Des bourgeons fossilisés, quatre petits tatous à la queue-le-leu. Ou des crottes. J’ai beau secouer ce hochet miniature, nul bruit ne parvient à mes oreilles. Je ne sais pas s’il y a toujours trois habitants enclos et je n’ose faire usage d’une lame pour vérifier, je préfère rêver à une sieste à l’intérieur de ce petit cocon minéral, en imaginant qu’il me poussera des ailes quand le temps sera venu.

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4 commentaires à “Rêveries minérales”

  1. Froddy

    Très joli. 🙂
    Je me demande s’il ne s’agit pas de nid de quelque Hyménoptère (genre une guêpe, comme les Pompiles).
    En plus de la sieste, il y a des chances que ce soit le lieu de festins pour chaque petite larve.

  2. Hélène M.

    Bonjour Froddy ! J’ai pensé à des Pompiles (spéciale dédicace à J.H. Fabre), je trouve aussi parfois des nids d’abeille solitaire contre les murs mais ce genre-là, c’est du nouveau pour moi. Si c’est une guêpoïde, comment elle fait pour que les larves des étages du bas puisse sortir après celle du haut ? Elle programme leur date de fin de métamorphose ? Pondue en premier, sortie en dernier ? Tiens, faudra que je vérifie avec une aiguille si les loges sont toutes trouées… Merci de continuer à visiter ce blog ! Bises

  3. Froddy

    Je me suis posé la même question ! Et j’avoue ne pas connaître la réponse…
    Mais on dirait que ces petits tonneaux sont disposés en quinconce, est-ce que ça pourrait être suffisant pour permettre la sortie du premier disposé à quitter le nid ? De la salive, et de l’huile de mandibule (à défaut de coude…), et c’est parti !
    Ou alors, comme pour les osmies, le temps de développement dépend du sexe ?

    C’est toujours un plaisir de passer par ici. À bientôt !

  4. Hélène M.

    Du coup je suis allée voir de plus près l’objet, laissé sur une étagère, et j’ai pu constater qu’une des loges du bas (si on établit que le haut correspond à la partie « capsulée ») a été ouverte entre temps sur le côté. Autrement dit la bestiole a continué sa métamorphose et est sortie tranquillou dans l’atelier, sans attendre que les autres en fassent autant. Elle a bien fait de ne pas attendre parce que les autres tonnelets sont toujours intact. Elle aurait pu me faire un coucou en passant, histoire que je sache à quoi elle pouvait ressembler !

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