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Livres de souvenirs et autres - Témoignage

    Pendant la petite enfance de mes deux filles, j'ai tenu une sorte de journal de leurs progrès, de leur quotidien, de leurs aventures et mésaventures. Il s'est avéré que ma fille cadette a souffert d'une dysphasie infantile (difficulté d'apprentissage du langage parlé, à mettre en parallèle avec la dyslexie, difficulté d'apprentissage du langage écrit). Un traitement orthophonique de quatre ans l'a aidée à pallier ses difficultés et désormais elle parle, lit, écrit, calcule normalement et suit une scolarité sans problème.

    J'ai réuni dans ce petit livre les parties du journal qui la concernent et qui mettent en évidence les signes révélateurs de ses difficultés, mon désarroi devant ces troubles sans explications et retracent sa rééducation et ses progrès.

    En voici quelques extraits. Je précise qu'Alexandra est née en janvier 1992, qu'elle avait donc six mois quand les premiers signes de son retard d'apprentissage sont apparus.

Mardi 18 août 1992

         Alexandra ne vocalise toujours pas et n'émet que trilles et grincements pour nous attirer. Les enfants se suivent et ne se ressemblent pas, c'est parfois dur à admettre...

Mardi 6 octobre 1992

         Alexandra ne parle toujours pas, enfin plutôt disons qu'en dehors des borborygmes et des grognements, elle ne dit ni "Ma" ni "Pa" ni quoi que ce soit d'approchant sauf "Mam" en cas de gros chagrin ou de grosse faim. Pour tout dire je m'impatiente et me console en me disant que son père aussi a parlé tard et qu'elle lui ressemble tant...

Mardi 20 octobre 1992

         Visite chez le pédiatre pour le 9° mois.  Elle se tient bien assise sans appui, se sert très bien de ses mains, entend bien, répond à son nom, mais elle est en retard pour ce qui est du langage et elle sera sans doute longtemps décalée dans ce domaine. Il est encore trop tôt pour s'en inquiéter, surtout qu'apparemment elle est bien dégourdie dans d'autres domaines.

Dimanche 17 janvier 1993

         En tant que mère-poule, j'ai une fâcheuse tendance à vouloir que le pédiatre trouve mes poussins en pleine forme et intelligentes. Alexandra a rendez-vous mercredi, alors je la fais "réviser". La dernière fois, quand elle avait neuf mois, il lui avait montré un imagier qu'elle avait regardé comme une poule devant un couteau. J'étais vexée. C'est idiot mais c'est dans la nature humaine... Aussi aujourd'hui j'ai pris un imagier, je lui ai demandé de me montrer le vélo et elle l'a montré! Et elle s'est applaudie après! Ensuite je lui ai présenté un livre "sonore" de Claire avec lequel elle avait joué dans l'après-midi avec Richard. Je lui ai demandé de me montrer le chien, l'abeille, le canard et l'avion, et à chaque fois elle l'a fait en disant "la!". La poule est fière d'avoir pondu un si bel œuf...

Jeudi 6 mai 1993

         Alexandra ne parle toujours pas, au contraire, j'ai même l'impression qu'elle régresse. Plus de "maman", ni de "papa", tout juste "nénaine"  pour m'appeler en cas d'urgence. Pour tout dire ça commence vraiment à m'inquiéter et j'aimerais avoir un avis autorisé sur la question, un vrai, et non pas des "Boh boh, ça ira bien comme ça..." Je pense que si problème il y a, il faut réagir maintenant et si problème il n'y a pas, et bien tant mieux!

Mardi 3 août 1993

          Rivalité parentale, quand tu nous tiens! Patrick L. nous a dit que sa fille Alice avait un vocabulaire d'une bonne quinzaine de mots et pouvait en répéter une quarantaine. Heureusement qu'à 15 mois elle ne reste toujours pas debout, sinon je serais jalouse! Dimanche soir, j'ai rêvé qu'Alexandra se décidait enfin à parler et de fait, les choses semblent se débloquer, maintenant elle utilise et prononce distinctement "Maman, Papa, Mamé et mama (manger)". Si elle relâche son contrôle, il lui arrive même de répéter des mots comme "fleur", "chat" ou "nez" mais elle se garde bien de les ré-employer par la suite.

Dimanche 5 décembre 1993

         J'ai beaucoup de mal à tenir à jour ce journal depuis quelques mois. Je me demande si ce n'est pas dû à cette sourde impression qu'Alexandra ne fait aucun progrès ces derniers temps, qu'elle stagne à un stade de bébé qui nous pèse. Bien sûr qu'elle fait des progrès, qu'elle change, évolue, grandit mais sans doute en grande partie de façon souterraine et en tout cas pas dans le domaine de la parole. On a même parfois l'impression de reculs. Elle n'essaye absolument pas d'imiter nos paroles ou de simple phonèmes, ne se sert pas des quelques mots qu'elle connaît, même si par ailleurs elle comprend très bien ce qu'on peut lui dire ou lui demander. Mais ce babillage incessant, ce mâchonnement de sons nous use plus qu'on ne saurait le dire et je pense que nous le ressentons en partie comme un refus de s'intéresser à nous, un manque de désir de communication.

Dimanche 18 septembre 1994

         Nous avons lu ensemble quatre livres, elle tournant les pages, moi faisant le commentaire.

Ces derniers temps nous avons feint de ne pas la comprendre quand elle emploie son charabia mais loin de la pousser à parler correctement, je crois que cette tactique n’a conduit qu’à l’inquiéter, à se poser des questions sur nous, notre subite incompréhension, notre manque de bonne volonté et surtout notre amour pour elle et sa capacité à nous plaire. Il vaut mieux qu’on se fasse à l’idée qu’elle parlera à 3 ans et demi, quand elle ira à l’école maternelle et en attendant, prendre notre "mal" en patience et continuer à enrichir son vocabulaire souterrain, que l’on verra resurgir à ce moment-là.

         Mais que c’est difficile quand elle pleure et qu’elle ne peut pas nous expliquer la cause de son chagrin !

Mercredi 8 février 1995

Elle est moins assurée qu’avant dans les groupes d’enfants rencontrés au square. L’absence de langage compréhensible commence à faire barrière, elle se tient plus en retrait.

Pour demander du gâteau, elle dit "encore lalalalalala (sur l’air de joyeux anniversaire)".

Jeudi 2 mars 1995

         Je continue à expliquer à Alexandra que quand elle parle par sons inarticulés je ne peux pas la comprendre et qu’il faut pour cela qu’elle fasse un gros effort pour apprendre à parler comme nous . On a fait une petite séance de jeux d’articulation. En la faisant rapprocher les commissures des lèvres avec le pouce et l’index, elle a pu dire un "ou" presque correct. Ce soir elle a répété "baba" mais ne veut toujours pas l’associer à "na" pour amorcer le mot banane. Quel soulagement quand tout ceci ne sera plus qu'un souvenir et quelle frustration de ne pas pouvoir savoir ce qui se passe dans sa petite caboche de clown. D'autant plus désolant que les bribes qu'elle nous donne avec ses mimiques sont très alléchantes! Elle est tellement... spéciale, sensible et têtue, avec un regard bien à elle sur les événements, toute droite et adorable!

    La suite retrace sa rééducation orthophonique et ses progrès.


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Mise à jour du 7 juin 2007
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